• Chroniques

    Vous pouvez retrouver ici, classés par auteur, mes avis sur mes différentes lectures. Ces avis sont bien sûr subjectifs et n'engagent que moi ; je n'ai pas la prétention de penser pouvoir décider de la valeur d'un livre.

    Au plaisir d'en discuter avec vous :)

     

    Morrison, Toni

    A mercy • 2008 • Lu en janvier 2018

     

    Sémont, Christophe

    Soleil noir • 2015 • Lu en février 2018

     

  • « Promu sergent dans le nord de l'Argentine, Esteban Pantoja s’apprête à fêter son avancement en compagnie de sa femme et de sa fille. Pour eux, ce soir-là, tout va basculer...

    Adela est serveuse dans un bar de nuit de La Paz. Un boulot comme un autre, en attendant mieux. Depuis quelques mois, elle se bat contre des visions qui la hantent jour et nuit.

    Ils s’appellent Sergio, Kamila, Federico et Diego. Ils sont jeunes, ils ont la vie devant eux. La vie… et un énorme conteneur, abandonné au cœur de la jungle.

    Rien ne les vouait à se rencontrer.

    Et pourtant, leurs destins sont liés. Tous vont être les témoins de la folie d’un homme. Car au plus profond de la forêt amazonienne, tapi dans son antre, un serpent attend son heure... »

     

     

    Je suis tombée sur ce livre un peu par hasard — il était proposé en libre service à l'accueil de ma cité U — et l'ai pris par curiosité. Mon choix était notamment motivé par la maison d'édition, dont je n'ai entendu que du bien et qui m'intriguait beaucoup.

     

     

    Soleil noir • Christophe Sémont

    Titre : Soleil noir

    Auteur : Christophe Sémont

    Pays : France

    Année : 2015

    Editions Critic • 264 p.

     

    Que dire... Ce livre a été une sacrée déception alors que je n'avais d'attentes particulières à la base, et j'étais même assez agacée quand j'ai fini par le refermer. Je ne l'ai terminé que parce que je n'aime pas abandonner une lecture en cours de route. Pour autant, malgré cette déception, je ne compte pas m'arrêter là avec les Editions Critic : je ne doute pas que je trouverai chaussure à mon pied en allant explorer leurs autres collections ^^

     

     

     

    Avant de râler, je tiens quand même à souligner quelques points positifs. Tout d'abord, détail qui n'en est pas un : j'ai apprécié la beauté sobre de l'objet-livre. Ensuite, on sent que l'auteur a mené des recherches, notamment historiques et culturelles, et s'est donné du mal pour les restituer dans le récit. Troisièmement, la division du roman en courts chapitres, de quelques pages au maximum, fluidifie la lecture et apporte un dynamisme bienvenu.

    Mais alors, qu'est-ce qui ne va pas ?

     

     

     

    En premier lieu, la prolifération des clichés : le roman en est bourré, tant au niveau de la forme (formules toutes faites, cliffhanger forcé à chaque fin de chapitre, nouveaux personnages tous introduits de la même manière avec la même description type) que sur le fond (intrigue prévisible de bout en bout, personnages creux et stéréotypés, qui passent leur temps à "hurler").

     

    Vient ensuite la question du style : direct et sans fioritures il a le mérite d'aller droit au but, ce qui colle bien avec l'esprit du roman. Mais si cela m'a convenu dans les parties narratives, j'ai été beaucoup moins convaincue par les dialogues (et ils sont nombreux !) que j'ai trouvé raides et ampoulés, manquant complètement de naturel, ce qui ne m'a pas permis de développer d'empathie pour les personnages.

     

    En parlant des personnages... c'est là que le bât blesse vraiment. Si aucun ne ressort particulièrement du lot — tous sont plutôt plats et archétypaux — j'ai trouvé le traitement des personnages féminins assez problématique.

    Dans ce roman, les femmes sont :

    • Au mieux des faire-valoirs pour les personnages masculins : la femme et la fille d'Esteban ne sont là que pour lui fournir une backstory tragique ; Amanda pour faire avancer l'intrigue et idéaliser la figure du policier viril ("Coïncidence ou pressentiment, elle avait rêvé de lui une semaine avant. Ils faisaient l'amour dans sa petite chambre d'étudiante sur le canapé qui lui servait aussi de lit") ;
    • Au pire des incapables finies, avec l'exemple notable de la psy la moins compétente du monde :

     

    "La porte de la salle de réunion s'ouvrit à la volée sur une jeune femme à bout de souffle. Sa jupe droite et son chemisier strict contrastaient avec ses traits presque juvéniles. Elle s'installa et sortit précipitamment un bloc-notes.

    Je suis désolée pour le retard, la circulation...

    Monica Gaviria n'aurait jamais dû se trouver là et elle le savait. (...) Elle remarqua tout de suite [l'air détaché du policier]. Elle nota "médicaments ?" sur son calepin et souligna la mention deux fois."

     

    "– Vous me demandez si j'accepterais de voir ma famille mourir une seconde fois, espèce de conne ! Vous feriez mieux de concentrer vos efforts sur les deux tueurs en fuite plutôt que de me poser vos questions débiles.

    La psychologue se recula instinctivement, décontenancée par la violence de la réaction. Elle se mordit les lèvres. Elle avait merdé."

     

     

    Et s'il n'y avait que ça : les femmes, dans ce récit, sont constamment sexualisées — peu importe leur âge, leur occupation, et surtout peu importe si ça n'a pas le moindre lien avec l'histoire. Par exemple, alors que la petite Kamila fait avec sa bande d'amis garçons une découverte macabre dans la jungle, l'auteur juge utile de nous préciser que poitrine est "naissante", qu'elle est "fine et athlétique" et que ses cuisses sont "musclées" : quel intérêt pour le lecteur ?

     

     

    Je vais m'arrêter là, même s'il y aurait encore des choses à dire (notamment à propos de la platitude du personnage principal, ou encore sur les antagonistes si clichés qu'ils en deviennent drôles) mais je n'ai rien à ajouter qui soit réellement constructif : je n'ai pas du tout apprécié ce roman mais à quoi bon m'acharner dessus ?

     

    Pour relativiser un peu ma critique, je dois quand même rappeler que je ne suis pas une grande amatrice de thrillers, et que je ne suis donc probablement pas du tout le public visé par ce livre. J'aurais du mal à le recommander sincèrement à qui que soit mais, si c'est un genre que vous affectionnez et que vous recherchez une lecture rapide et sans prise de tête, il se peut qu'il vous convienne tout à fait.

     

     


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  • “Dans l'Amérique du XVIIe siècle, celle des vastes étendues et des territoires vierges, Blancs, Noirs, Indiens subissent encore la même oppression. Jacob, un négociant anglo-néerlandais vit avec sa femme Rebekka en Virginie. Lorsqu'il se rend chez un planteur de tabac qui lui doit une forte somme ce dernier, ne pouvant le payer, lui propose une esclave. En dépit du mépris qu'il a pour ce système, Jacob accepte de prendre avec lui Florens, une enfant noire de huit ans. Elle formera avec Lina, seule survivante de sa tribu indienne et Sorrow, une adolescente blanche, un surprenant trio de domestiques. Roman polyphonique, Un don traverse l'Amérique des origines, transcende les genres, bouleverse.”

     

     

    Si j'avais maintes fois entendu parler de Toni Morrison — grande dame des lettres américaines et lauréate, entre autres distinctions prestigieuses, du prix Nobel de littérature en 1963 — je ne l'avais encore jamais lue. A mercy (VF : Un don) constitue donc ma porte d'entrée vers ses écrits.

     

     

    A mercy • Toni Morrison

    Titre : A mercy

    VF : Un don

    Autrice : Toni Morrison

    Pays : Etats-Unis

    Année : 2008

    Editions Knopf • 167 p.

     

      

     

    J'ai trouvé le roman bien plus abordable que ce à quoi je m'attendais, même si certains passages sont assez hermétiques — de par le style et un surgissement parfois inattendu du discours direct, mais également de par l'intrusion du surnaturel dans le récit. Malgré cela, le livre se lit très vite : l'écriture est fluide et ciselée, les descriptions frappent l'imagination et font appel aux sens, et on veut savoir d'où viennent et où vont tous ces personnages dont les vies s'enchevêtrent sans que jamais ne disparaisse le spectre de la séparation.

     

    “They once thought they were a kind of family because together they had carved companionship out of isolation. But the family they imagined they had become was false. Whatever each one loved, sought or escaped, their futures were separate and anyone's guess.”

     

    — A mercy, p. 156, Scully

     

    Le roman est divisé en une douzaine de chapitres, qui présentent une alternance des points de vue et ne se déroulent pas dans l'ordre chronologique ; certains récits se chevauchent, les événements sont vécus différemment d'un personnage à l'autre, ce qui donne au roman un côté très fragmenté qui peut être déroutant — il faut, au début, accepter de ne pas tout comprendre et de devoir reconstituer le récit au fil de la lecture. Mais, même sans une compréhension immédiate, la beauté du texte semble parfois se suffire à elle-même.

     

    “Then she talked to the sea. [...] “Trust me, I will keep your secrets: that the smell of you is like fresh monthly blood; that you own the globe and land is afterthought to entertain you; that the world beneath you is both graveyard and heaven.”

     

    — A mercy, p. 73, Rebekka

     

    Les thèmes principaux du récit sont l'esclavage et la ségrégation, évidemment, mais aussi la violence du monde — en particulier envers les femmes — ainsi que la maternité, qui semble irriguer tout le récit de manière plus ou moins souterraine.

     

    “Mother hunger—to be one or have one—both of them were reeling from that longing which, Lina knew, remained alive, traveling the bone.”

     

    — A mercy, p. 63, Lina

     

    Les personnages, complexes et ambivalents, avec chacun une voix distincte, sont un des points forts du livre. Il offre notamment une galerie de portrait de femmes qui, quels que soient leur rang et leur couleur de peau, vivent dans des situations précaires du simple fait de leur genre. De nombreux personnages ont été fragilisés voire détruits d'une manière ou d'une autre mais tous s'accrochent, cherchent à se reconstruire comme ils le peuvent. On n'a de la plupart d'entre eux qu'une vision parcellaire, fragmentée là encore ; il semble qu'une partie d'eux nous échappe, et c'est au lecteur de chercher à la connaître.

     

    “Mothers nursing greedy babies scare me. I know how their eyes go when they choose. How they raise them to look at me hard, saying something I cannot hear. Saying something important to me, but holding the little boy's hand.”

     

    — A mercy, p. 8, Florens

     

    En somme : une belle découverte, et un livre que je pense relire un de ces jours — ne serait-ce que parce que la seconde lecture doit donner une impression assez différente de la première.

     


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