• A mercy • Toni Morrison

    “Dans l'Amérique du XVIIe siècle, celle des vastes étendues et des territoires vierges, Blancs, Noirs, Indiens subissent encore la même oppression. Jacob, un négociant anglo-néerlandais vit avec sa femme Rebekka en Virginie. Lorsqu'il se rend chez un planteur de tabac qui lui doit une forte somme ce dernier, ne pouvant le payer, lui propose une esclave. En dépit du mépris qu'il a pour ce système, Jacob accepte de prendre avec lui Florens, une enfant noire de huit ans. Elle formera avec Lina, seule survivante de sa tribu indienne et Sorrow, une adolescente blanche, un surprenant trio de domestiques. Roman polyphonique, Un don traverse l'Amérique des origines, transcende les genres, bouleverse.”

     

     

    Si j'avais maintes fois entendu parler de Toni Morrison — grande dame des lettres américaines et lauréate, entre autres distinctions prestigieuses, du prix Nobel de littérature en 1963 — je ne l'avais encore jamais lue. A mercy (VF : Un don) constitue donc ma porte d'entrée vers ses écrits.

     

     

    A mercy • Toni Morrison

    Titre : A mercy

    VF : Un don

    Autrice : Toni Morrison

    Pays : Etats-Unis

    Année : 2008

    Editions Knopf • 167 p.

     

      

     

    J'ai trouvé le roman bien plus abordable que ce à quoi je m'attendais, même si certains passages sont assez hermétiques — de par le style et un surgissement parfois inattendu du discours direct, mais également de par l'intrusion du surnaturel dans le récit. Malgré cela, le livre se lit très vite : l'écriture est fluide et ciselée, les descriptions frappent l'imagination et font appel aux sens, et on veut savoir d'où viennent et où vont tous ces personnages dont les vies s'enchevêtrent sans que jamais ne disparaisse le spectre de la séparation.

     

    “They once thought they were a kind of family because together they had carved companionship out of isolation. But the family they imagined they had become was false. Whatever each one loved, sought or escaped, their futures were separate and anyone's guess.”

     

    — A mercy, p. 156, Scully

     

    Le roman est divisé en une douzaine de chapitres, qui présentent une alternance des points de vue et ne se déroulent pas dans l'ordre chronologique ; certains récits se chevauchent, les événements sont vécus différemment d'un personnage à l'autre, ce qui donne au roman un côté très fragmenté qui peut être déroutant — il faut, au début, accepter de ne pas tout comprendre et de devoir reconstituer le récit au fil de la lecture. Mais, même sans une compréhension immédiate, la beauté du texte semble parfois se suffire à elle-même.

     

    “Then she talked to the sea. [...] “Trust me, I will keep your secrets: that the smell of you is like fresh monthly blood; that you own the globe and land is afterthought to entertain you; that the world beneath you is both graveyard and heaven.”

     

    — A mercy, p. 73, Rebekka

     

    Les thèmes principaux du récit sont l'esclavage et la ségrégation, évidemment, mais aussi la violence du monde — en particulier envers les femmes — ainsi que la maternité, qui semble irriguer tout le récit de manière plus ou moins souterraine.

     

    “Mother hunger—to be one or have one—both of them were reeling from that longing which, Lina knew, remained alive, traveling the bone.”

     

    — A mercy, p. 63, Lina

     

    Les personnages, complexes et ambivalents, avec chacun une voix distincte, sont un des points forts du livre. Il offre notamment une galerie de portrait de femmes qui, quels que soient leur rang et leur couleur de peau, vivent dans des situations précaires du simple fait de leur genre. De nombreux personnages ont été fragilisés voire détruits d'une manière ou d'une autre mais tous s'accrochent, cherchent à se reconstruire comme ils le peuvent. On n'a de la plupart d'entre eux qu'une vision parcellaire, fragmentée là encore ; il semble qu'une partie d'eux nous échappe, et c'est au lecteur de chercher à la connaître.

     

    “Mothers nursing greedy babies scare me. I know how their eyes go when they choose. How they raise them to look at me hard, saying something I cannot hear. Saying something important to me, but holding the little boy's hand.”

     

    — A mercy, p. 8, Florens

     

    En somme : une belle découverte, et un livre que je pense relire un de ces jours — ne serait-ce que parce que la seconde lecture doit donner une impression assez différente de la première.

     


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  • Commentaires

    1
    Nog
    Jeudi 1er Février à 09:50

    As-tu lu ce livre en V.O ou bien traduit? Car je serai tenté, mais uniquement si la traduction est belle… par contre je n'ai plus le niveau pour lire en V.O.

    Merci d'avance de ton conseil!

      • Jeudi 1er Février à 13:32

        Coucou, je l'ai lu en VO et je ne sais pas du tout ce que valent les versions françaises... En revanche, étant donné qu'il s'agit d'une autrice prestigieuse, on peut supposer que la traduction n'a pas été confiée au premier clampin venu ? ^^

        Merci pour ton passage, désolée de ne pas pouvoir te renseigner plus ! :)

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